Un débat juridique enflammé secoue les réseaux sociaux camerounais après une déclaration du professeur Mathias Eric Owona Nguini, vice-recteur de l'Université de Yaoundé II. Interrogé sur la télévision, l'académicien a affirmé que les « hautes instructions présidentielles » dépassent en autorité les décrets du Président. Une réponse qui a provoqué une vive réaction du journaliste Antonio Ateba, lequel conteste cette interprétation.
La polémique révèle une tension majeure dans le système juridique camerounais : la confusion entre pratique politique et norme de droit écrit. Selon les principes du droit public, un décret présidentiel — acte formel, numéroté et publié au Journal Officiel — ne peut être abrogé ou modifié que par un acte de valeur égale ou supérieure (une loi, une ordonnance ou un autre décret). Les « hautes instructions », quand elles restent verbales ou informelles, constituent davantage des orientations politiques que des normes juridiques contraignantes.
La question soulevée par cette affaire dépasse le simple échange entre intellectuels. Elle interpelle le rôle des universitaires camerounais dans l'espace public et leur responsabilité lorsqu'ils énoncent des principes de droit devant une large audience. Dans un contexte où l'information se propage rapidement via les réseaux sociaux, la rigueur des explications des figures d'autorité devient cruciale pour la compréhension qu'ont les citoyens de leur système institutionnel.
Ce qu’il faut retenir
- Un décret présidentiel conserve sa validité juridique tant qu'aucun acte formel ne l'abroge ; les instructions verbales restent du domaine politique.
- La pratique administrative camerounaise privilégie souvent l'exécution des directives présidentielles, mais cela ne modifie pas la hiérarchie formelle des normes.
- Le professeur Owona Nguini, dont les positions médiatiques influencent largement l'opinion, portait une responsabilité pédagogique sur cette question de droit constitutionnel.
- Cette controverse illustre un enjeu régional plus large : le renforcement de l'État de droit en Afrique centrale face aux pratiques politiques établies.
Source : Camer.be