En 1961, le Cameroun naissait comme État fédéral, unissant deux héritages coloniaux distincts et garantissant une autonomie aux régions anglophones. Onze ans plus tard, cette promesse s'effondrait. Le référendum du 20 mai 1972 marquait le début d'une centralisation progressive qui allait transformer le pays.
La transition vers le système unitaire n'a pas résulté d'une adhésion spontanée. Historiens et observateurs relèvent que la campagne référendaire s'est déroulée dans un contexte d'inégal accès à l'information, notamment en zones anglophones. Le démantèlement s'est poursuivi avec la création d'un parti politique unique en 1966, réduisant ainsi les marges de manœuvre régionales, puis avec la suppression du terme « Uni » du nom du pays en 1984 sous la présidence de Paul Biya.
Aujourd'hui, la crise dite « anglophone » qui secoue le Nord-Ouest et le Sud-Ouest depuis 2016 apparaît comme l'aboutissement de ce long processus d'érosion institutionnelle. Mouvements séparatistes, proclamation de l'« Ambazonie », milliers de décès et centaines de milliers de personnes déplacées : le prix politique et humain de cette rupture demeure considérable. Pour certains penseurs et citoyens, un retour à la décentralisation, voire à une formule fédérale, constituerait la seule voie vers une réconciliation durable.
Ce qu’il faut retenir
- Le référendum de 1972 a transformé la République fédérale en État unitaire, supprimant les garanties institutionnelles des minorités anglophones.
- La concentration du pouvoir politique par le parti unique à partir de 1966 a vidé le fédéralisme de son contenu avant sa suppression formelle.
- La crise anglophone depuis 2016 traduit un ressentiment structurel face à la perte d'autonomie régionale et à la marginalisation des identités distinctes.
- Des voix camerounaises appellent à reconsidérer le modèle fédéral pour restaurer la confiance et apaiser les tensions territoriales persistantes.
Source : Camer.be