Une enquête gouvernementale a démasqué une arnaque massive aux allocations familiales dans les rangs de l'armée et de la police camerounaises. Pendant plus de dix ans, des milliers de retraités ont déclaré des enfants fictifs pour augmenter leurs pensions. Le bilan est accablant : 12 846 actes de naissance contrefaits, 4 300 fraudeurs identifiés et un préjudice estimé à 35 milliards de FCFA pour les finances publiques.
Ce qui choque davantage que la fraude elle-même, c'est la suite donnée — ou plutôt l'absence de suite. Bien que le gouvernement ait lancé l'opération AALFA en juin 2026 pour « extirper » les faux enfants des fichiers de paie, aucune réclamation des sommes indûment perçues n'aurait été ordonnée. Les retraités incriminés verraient simplement leurs allocations supprimées, mais garderaient les milliards déjà empoché. Une décision qui suscite une vive indignation sur les réseaux sociaux et parmi les responsables politiques.
La fraude s'est intensifiée brutalement : entre juin 2024 et mars 2026, le nombre d'enfants déclarés a bondi de 594 728 à 923 307, soit une explosion de 55 % des allocations familiales. L'État reconnaît la faille majeure : un système d'état civil poreusement géré, où il serait possible, selon certains critiques, d'acheter des actes de naissance et de déclarer à son nom les enfants d'un village entier.
Ce qu’il faut retenir
- Audit ministériel : 4 300 retraités de l'armée et police ont créé 12 846 enfants fictifs entre 2010 et 2021.
- Préjudice chiffré : 35 milliards de FCFA disparus, soit environ 3,1 milliards par année en moyenne.
- Mesure de suspension lancée juillet 2024, mais aucune obligation de restitution pour les fraudeurs identifiés.
- Débat public sur l'impunité : inquiétude face à l'absence de poursuites judiciaires malgré l'ampleur de la fraude.
Source : Camer.be