Le quatrième recensement général de population et habitat du Cameroun, lancé le 24 avril dernier avec le soutien de l'État, vient de se heurter à un obstacle majeur. Des milliers d'agents énumérateurs ont déposé leurs outils de travail, déclenchant des mouvements de protestation spontanés dans les grandes métropoles, notamment à Douala et Yaoundé, pour exiger le paiement de leurs indemnités de formation et de terrain.
Cet exercice de dénombrement, prévu pour s'achever le 29 mai 2026, revêt une importance capitale pour le Cameroun. Le dernier recensement remonte à 2005 — soit plus de vingt ans — et les autorités disposent de données largement obsolètes. Or, pour affiner sa stratégie nationale de développement et adapter ses politiques publiques, l'État a besoin d'informations précises et fiables sur les 30,6 millions d'habitants estimés du pays.
Selon les représentants des grévistes, notamment à Douala III, le gouvernement avait promis des allocations initiales couvrant la formation intensive d'une durée de plusieurs semaines, ainsi que des indemnités de déplacement, de connexion internet et de restauration une fois sur le terrain. Dans les faits, nombreux sont les agents qui affirment avoir financé eux-mêmes leurs transports pour accéder aux quartiers reculés et difficiles d'accès. "Nous produisons des données fiables pour le développement du pays, mais nous travaillons sans ressources", dénonce un énumérateur de Douala aux médias locaux.
Le calendrier de ce projet ambitieux, mobilisant plus de 355 000 agents à travers le territoire, est désormais compromise. Les autorités promettent de débloquer rapidement les fonds, mais le risque de retard dans la publication des résultats augmente chaque jour.
Ce qu’il faut retenir
- Plus de 355 000 agents de terrain ont cessé les opérations de comptage à travers le Cameroun, exigeant le versement des indemnités promises.
- Le gouvernement avait garanti des allocations pour la formation et les frais de déplacement, reste à honorer les engagements.
- Ce quatrième recensement national était technologiquement innovant, utilisant smartphones recalibrés et imagerie satellite pour les zones en crise.
- L'absence de données précises depuis 2005 handicape gravement l'élaboration des politiques publiques et l'adaptation des infrastructures.
Source : Cameroon Tribune