Procès Zogo : trois failles majeures remettent en question l’enquête

Le contre-interrogatoire du colonel Otoulou, chef de la commission d'enquête sur le décès du journaliste Martinez Zogo, a mis au jour des lacunes substantielles lors de l'audience du Tribunal militaire de Yaoundé les 3 et 4 août 2026. La défense de Justin Danwé a exposé trois axes problématiques susceptibles d'affaiblir les fondations de l'accusation.

Première question : les aveux initiaux du lieutenant-colonel ont-ils été obtenus sous condition ? L'avocat Mbuny a soulevé l'hypothèse de promesses ou de contreparties, arguant qu'un militaire chevronné ne livrerait pas des déclarations autoimplicantes sans certaines garanties. Le colonel Otoulou a nié avoir formellement proposé des avantages, mais n'a pas exclu qu'un tiers participant aux auditions aurait pu le faire. Cette zone grise interroge la fiabilité des fondations de l'accusation.

Deuxième enjeu : l'ancienne piste Eko Eko. Léopold Maxime Eko Eko, ancien directeur de la DGRE, avait suggéré que l'affaire répondait à des mobiles internes au service de renseignement. Les enquêteurs l'ont écartée au motif que les confessions de Danwé paraissaient suffisantes. Mais selon les critères de bonne pratique criminalistique, une hypothèse concurrente doit être vérifiée indépendamment, non abandonnée simplement parce qu'une autre piste semble convaincante.

Troisième élément troublant : un appel téléphonique reçu par l'épouse de Zogo dès le 18 janvier 2023, le lendemain de l'enlèvement. L'appelant se présentait comme un agent DGRE et possédait des informations sensibles sur le véhicule disparu et sa localisation. L'absence de traçabilité du numéro, d'identification de l'interlocuteur et d'enquête téléphonique approfondie constitue une carence notable. Ce dossier soulève une question centrale : l'enquête préliminaire a-t-elle exhaustivement exploré tous les indices, ou s'est-elle prématurément verrouillée sur un scénario unique ?

Ce qu’il faut retenir

  • Les confessions initiales de Danwé n'auraient peut-être pas été obtenues sans promesses ou pressions implicites selon la défense.
  • La théorie alternative d'Eko Eko sur les motivations internes à la DGRE n'aurait pas fait l'objet d'investigations suffisantes avant rejet.
  • L'appel mystérieux à l'épouse le jour suivant l'enlèvement aurait dû déclencher des recherches téléphoniques exhaustives jamais effectuées.

Source : Camer.be

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