Au Cameroun, la débrouillardise a cessé d'être une simple stratégie de survie pour devenir le mode de gouvernance de facto des espaces urbains. Des trottoirs envahis par les vendeurs aux bendskins circulant en dehors de tout cadre réglementaire, en passant par les constructions anarchiques sur terrains verts, le désordre urbain s'est systématisé, générant des coûts massifs pour la santé, l'environnement et l'économie nationale.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 3,7 millions de travailleurs exercent dans le secteur informel selon les données ministérielles de 2024, tandis que plus de la moitié du PIB provient du commerce et des services largement non déclarés. À Douala et Yaoundé, environ un quart de la surface urbaine échappe à toute planification formelle. Les conséquences débordent largement le cadre esthétique : congestion chronique, accidents de deux-roues massifs, insalubrité alimentaire, accumulation de déchets favorisant les épidémies, et perte fiscale substantielle pour les États.
La Communauté urbaine de Douala multiplie les opérations de libération des espaces publics, mais se heurte systématiquement à la même réalité : une fois les équipes municipales parties, le désordre revient en quelques semaines. Le problème réside moins dans le comportement des usagers que dans l'absence totale d'alternative viable. Tant que l'État n'offre ni marchés accessibles, ni zones de stationnement décentes, ni emplois formels en nombre suffisant, la roue du système D continuera de tourner.
Ce qu’il faut retenir
- L'économie informelle camerounaise regroupe 3,7 millions de personnes, vidant l'assiette fiscale et renforçant la concurrence déloyale contre les opérateurs légaux.
- L'Hôpital Laquintinie de Douala consacre un pavillon entier aux urgences liées aux accidents de motos-taxis, phénomène s'intensifiant en fin d'année.
- Les déguerpissements ponctuels sans solution de remplacement garantissent le retour du désordre urbain en quelques semaines, révélant l'inefficacité de l'approche purement répressive.
Source : Actu Cameroun