Cameroun : le secret des nominations militaires au cœur du pouvoir

Le 3 août, le Cameroun a connu un remaniement en profondeur de sa hiérarchie militaire. Loin des simples considérations d'équilibre régional, ces nominations obéissent à une logique bien plus précise : concentrer le contrôle des unités de combat entre les mains du pouvoir central. Les vraies clés du système ne se trouvent pas dans les titres les plus prestigieux, mais dans la maîtrise de 55 % des postes de commandement opérationnel, ceux qui font basculer les rapports de force en cas de crise.

Depuis les réformes de 2001, l'armée camerounaise fonctionne selon une architecture régionalisée qui mélange intentionnellement forces terrestres, aériennes, navales et spécialisées. Ce système a un objectif : maintenir la cohésion d'un pays fragmenté en plus de 250 groupes ethnolinguistiques, tout en évitant que n'importe quelle région ne domине militairement sa propre zone. La mémoire du putsch avorté de 1984 pèse encore lourdement sur les structures de défense. Chaque nomination répond à une stratégie de prévention des risques.

L'analyse révèle que les officiers du Centre, du Sud et de l'Est occupent près de 50 % des commandements stratégiques, notamment à la tête de la Garde présidentielle, de la Brigade d'intervention rapide et de la Brigade du Quartier général — les trois structures qui contrôlent véritablement les leviers militaires. Cette concentration crée une forme de dépendance : les carrières, les familles, les réseaux des généraux de ces régions sont ancrés au cœur du pouvoir, ce qui décourage toute tentative de révolte. Pendant ce temps, les officiers des zones périphériques sont affectés sur les théâtres les plus prestigieux mais les moins décisionnels, comme la lutte contre Boko Haram dans le nord.

Ce qu’il faut retenir

  • Le général René Claude Meka (état-major) et l'amiral Jean Mendoua (Marine) incarnent la centralisation du commandement opérationnel depuis Yaoundé.
  • La Garde présidentielle, la BRIR et la Brigade du QG — trois unités clés confiées à des officiers du Centre-Sud-Est — structurent l'ossature du contrôle politique.
  • Les nominations croisées volontaires (Ouest vers Sud, Nord vers Extrême-Nord) empêchent l'émergence de fiefs régionaux autonomes.
  • Depuis 1984, aucun coup d'État n'a menacé le Cameroun, mais la légitimité du modèle s'érode dans les régions anglophones et septentrionales.

Source : Actu Cameroun

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