Le Tchad connaît un bouleversement politique majeur à la tête de son institution de lutte contre la corruption. Par décret du 14 août, le président Mahamat Idriss Déby Itno a relevé de ses fonctions Ousmane Abderaman Djougourou, à peine dix-huit mois après son arrivée à la direction de l'Autorité indépendante de lutte contre la corruption (AILC). Le magistrat Nedeou Teubdoyo Gérard, ancien substitut du procureur de N'Djamena, prend sa succession.
Cet épilogue intervient dans une période de tensions exceptionnelles entre l'AILC et la Société des hydrocarbures du Tchad (SHT), la compagnie d'État responsable de la commercialisation du pétrole brut national. Le 1er juillet, l'Autorité anticorruption avait lancé une mission d'audit des comptes, des actifs et des effectifs de la SHT. L'enquête devait notamment examiner les transactions commerciales avec Glencore, le géant suisse du négoce de matières premières.
Mais le 7 août, la situation s'est brusquement envenimée. Selon l'AILC, des éléments de l'Agence nationale de sécurité de l'État (ANSE) se sont présentés dans les bureaux de la SHT et ont procédé à l'arrestation de plusieurs de ses agents de contrôle, dont la contrôleur général adjointe. Menottés et encagoulés, ils auraient été transférés aux locaux de l'ANSE, tandis que leurs équipements informatiques étaient confisqués.
La SHT réfute cette version et accuse plutôt les inspecteurs de l'AILC de méthodes abusives et de détention arbitraire de sa directrice commerciale. Cette querelle révèle des enjeux cruciaux : les recettes pétrolières représentent une part considérable du budget de l'État tchadien, et la transparence de ces flux financiers conditionne la crédibilité de la gouvernance économique du pays.
Ce qu’il faut retenir
- Nedeou Teubdoyo Gérard remplace Ousmane Abderaman Djougourou à la présidence de l'AILC après seulement dix-huit mois de mandat.
- Le limogeage survient durant un affrontement public entre l'Autorité anticorruption et la Société des hydrocarbures au sujet d'un audit pétrolier.
- Des agents de sécurité auraient interpellé des inspecteurs de l'AILC en mission à la SHT ; la compagnie pétrolière conteste cette version.
- Le secteur pétrolier concentre des revenus majeurs pour l'État tchadien, rendant chaque contrôle stratégiquement sensible pour le gouvernement.
Source : EcoMatin