Le 26 mai 1990, une manifestation de lancement du Social Democratic Front à Bamenda tourne au drame: six citoyens perdent la vie dans les affrontements avec les forces de l'ordre. Trois décennies plus tard, le parti fondé par John Fru Ndi demeure un acteur du paysage politique camerounais, mais fragilisé par des querelles internes et des accusations de compromission.
Cet événement fondateur marque un tournant: il catalyse l'adoption de la « Loi de 1990 » qui rétablit le multipartisme au Cameroun, supprimé quarante-trois ans auparavant. Le SDF naît donc dans le sang, porté par douze pères fondateurs issus du « Study group 89 », regroupant des intellectuels, des magistrats et des hommes d'affaires convaincus de la nécessité du changement démocratique.
Mais le chemin emprunté depuis n'a pas tenu ses promesses. Divisions intestines, exclusions de cadres historiques, accusations d'arrangement avec le régime Biya et gestion autoritaire du parti sous Fru Ndi jusqu'à son décès en 2023 ont progressivement usé la crédibilité du mouvement. La montée de nouvelles formations politiques et sa position jugée trop modérée sur la crise anglophone l'ont davantage isolé.
Aujourd'hui, le SDF demeure un symbole ambivalent pour les Camerounais: celui d'une quête inachevée de démocratie pluraliste et d'une trajectoire politique entachée de compromis.
Ce qu’il faut retenir
- Six manifestants tués lors du lancement du SDF à Bamenda le 26 mai 1990; événement declencheur du rétablissement du multipartisme camerounais.
- Douze fondateurs, issus de l'intelligentsia camerounaise, lancent le parti après l'arrestation d'activistes rivaux à Douala en février 1990.
- Trois décennies de dissensions internes, exclusions massives de membres et accusations de négociations avec le pouvoir affaiblissent le mouvement.
- La mort de John Fru Ndi en 2023 clôt une ère; le SDF peine à retrouver son rôle de vecteur de transformation politique.
Source : Camer.be