Cameroun : du grenier de l’Afrique au déclin économique, le bilan contrasté de deux régimes

Le Cameroun des années 1980 incarnait le succès africain : autosuffisant alimentairement, taux de scolarisation de 93%, croissance à 7,4% annuels. Quatre décennies plus tard, le tableau s'est assombri considérablement. Aujourd'hui, 40% de la population vit sous le seuil de pauvreté, les importations alimentaires explosent et la croissance stagne à 3,7%. Ce glissement progressif pose une question centrale au débat public camerounais : comment un pays doté d'atouts majeurs a-t-il pu s'enliser ?

Sous la présidence d'Ahmadou Ahidjo (1960-1982), malgré un bagage scolaire limité au certificat d'études primaires, le Cameroun s'était construit une économie stable et diversifiée. La production agricole couvrait 96% des besoins alimentaires en 1980. L'État avait placé ses revenus pétroliers dans un fonds « hors budget » pour éviter l'endettement excessif, une approche prudente qui avait permis de financer le développement rural.

Depuis l'arrivée au pouvoir de Paul Biya le 6 novembre 1982, les indicateurs économiques et sociaux se dégradent. L'autosuffisance alimentaire s'est effondrée : le riz local ne couvre plus que 13% des besoins nationaux. Le chômage atteint 9,8%, les inégalités persistent avec un coefficient de Gini de 0,4. Le classement du Cameroun à l'indice de développement humain a chuté au 155e rang sur 193 pays.

Le paradoxe révèle une économie qui valorise davantage la fonction publique que l'entrepreneuriat privé. Le gouvernement reconnaît implicitement cette fragilité en cherchant à réduire la masse salariale de l'État. Cependant, des signaux positifs subsistent : le secteur non pétrolier a progressé de 4,1% en 2025, l'inflation a baissé à 3,4%, et les nouveaux investissements énergétiques (barrage de Nachtigal) ouvrent des perspectives. Pour la région CEMAC, l'exemple camerounais rappelle que le développement reste possible avec des choix politiques et économiques appropriés.

Ce qu’il faut retenir

  • Entre 1960 et 1982, le Cameroun atteint l'autosuffisance alimentaire et affiche une croissance de 7,4% annuels en moyenne.
  • Depuis 1982, la pauvreté affecte 40% des Camerounais, la production agricole s'effondre et la croissance économique ralentit à 3,7%.
  • Des investissements récents en énergie et infrastructures portuaires offrent des opportunités de redynamisation économique.

Source : Camer.be

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