Tchiroma Bakary à Banjul : Jeune Afrique dresse le portrait d’un opposant «diminué» qui regarde l’histoire passer sans lui

Il avait été l’homme de l’espoir. Celui qui, venu du cœur du système Biya, en connaissait tous les rouages — et prétendait les retourner contre lui. Six mois après la présidentielle d’octobre 2025, Issa Tchiroma Bakary est décrit par Jeune Afrique dans une enquête exclusive du 22 avril comme un homme «affecté par la situation et diminué par des soucis de santé» — regardant depuis son exil gambien un Cameroun qui se recompose sans lui, autour d’une vice-présidence dont il n’a pas été capable d’empêcher la création.

L’une des révélations les plus politiquement significatives de Jeune Afrique concerne les rapports entre Tchiroma Bakary et Maurice Kamto. Lors de la séquence de la révision constitutionnelle d’avril 2026, Tchiroma avait tenté un rapprochement — appelant à soutenir la pétition de Kamto contre la modification de la Constitution. Un geste qui, selon Jeune Afrique, «n’a produit aucun effet politique tangible».
La conférence de presse de Kamto du 9 avril était l’occasion rêvée d’un «signe d’ouverture, voire un geste de réciprocité». Il n’y en eut aucun. Le silence de Kamto a «davantage révélé les lignes de fracture qui continuent de séparer les deux bases militantes» du FSNC et du MRC, note Jeune Afrique avec une précision qui dit tout. Dans ce paysage de l’opposition camerounaise fracturée, Kamto a repris la main — et Tchiroma, depuis Banjul, regarde s’éloigner le train qu’il n’a pas su prendre.
Wilfried Ekanga — conseiller officieux de Maurice Kamto, lui-même récemment démissionnaire du MRC — l’avait dit sans détour à Jeune Afrique : Tchiroma «a arrêté les manifestations à la veille de l’investiture de Paul Biya pour lui permettre tout simplement de prêter serment». Une accusation de trahison à peine voilée, portée par un homme du camp adverse, qui résume l’état des relations entre les deux principaux opposants camerounais.

Un gouvernement en exil qui peine à se former
Depuis la Gambie, Tchiroma Bakary «tente aujourd’hui de structurer une forme de gouvernement», révèle Jeune Afrique. Mais l’entreprise se heurte à une réalité brutale : «les candidats enclins à s’embarquer dans cette tardive aventure sont rares». Les militants qui croyaient en lui se découragent. Les réseaux sociaux se font moins enthousiastes. La base du FSNC avance «en désordre», fragmentée et désorientée par des revirements stratégiques que personne n’a su expliquer clairement.
Et pourtant, l’homme refuse de reconnaître sa défaite. Il continue de se revendiquer «président élu» dans ses communications officielles — sans jamais avoir franchi le pas du serment symbolique qui aurait donné substance à cette revendication. Une posture suspendue entre la révolte et la résignation, qui ne convainc plus grand monde.

Jeune Afrique livre enfin une révélation qui éclaire d’une lumière crue l’impasse dans laquelle se trouve Tchiroma Bakary. Selon le journal, les «soutiens diplomatiques sur lesquels il paraissait compter auraient préféré exploiter la séquence électorale comme instrument de pression sur Yaoundé, plutôt que de réellement s’investir dans une tentative de transition». Des puissances étrangères qui se servaient de lui — de sa contestation, de sa popularité, de ses meetings tonitruants — comme d’un levier de négociation avec Biya, sans jamais avoir l’intention réelle de le porter au pouvoir.
C’est peut-être la vérité la plus amère de toute l’aventure Tchiroma Bakary : l’homme qui croyait utiliser les Occidentaux pour renverser Biya était peut-être, lui, l’instrument dont ils se servaient pour leurs propres intérêts diplomatiques. Quand la négociation avec Yaoundé a repris son cours normal, le levier Tchiroma a été rangé dans le tiroir. Et lui, dans l’appartement gambien.

Jeune Afrique clôt son portrait sur une formule d’une mélancolie politique rare. Ces fameux «vendredis» — ces jours de manifestation qui devaient faire tomber Biya un vendredi — sont passés, l’un après l’autre, sans changement. Et le slogan d’octobre 2025 «sonne chaque semaine un peu plus comme le rappel d’un rendez-vous manqué».

Issa Tchiroma Bakary avait peut-être tout ce qu’il fallait pour être l’homme qui change le Cameroun. L’audace, la popularité dans le Septentrion, la légitimité d’un ancien prisonnier politique. Il lui a manqué l’essentiel : la constance, le courage de l’acte au moment décisif, et des alliés qui voulaient vraiment ce qu’ils prétendaient vouloir. L’histoire repassera-t-elle les plats ? À Banjul, depuis ses soucis de santé et son isolement croissant, la question semble chaque jour un peu plus rhétorique.

Auteur : camerounweb.com : Source : https://www.camerounweb.com/CameroonHomePage/NewsArchive/Tchiroma-Bakary-Banjul-Jeune-Afrique-dresse-le-portrait-d-un-opposant-diminu-qui-regarde-l-histoire-passer-sans-lui-793391

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