Cameroun : quand l’élite politique exploite les clivages ethniques

Un analyste camerounais dénonce l'instrumentalisation des tensions communautaires par certaines figures politiques. Selon le journaliste Albin Michel Njilo, les clivages ethniques ne sont pas le fruit de divisions populaires naturelles, mais plutôt des outils de positionnement politique manipulés par des élites frustrées.

Au cœur du débat : Abel Elimbi Lobe, personnalité politique qui a opéré un revirement spectaculaire depuis 2018. À cette époque, il prônait l'union de l'opposition à Bafoussam et envisageait de soutenir Maurice Kamto. Aujourd'hui, il adopte un discours radicalement opposé, nourrissant une animosité publique envers ce dernier. Cette transformation, estime l'analyste, répond moins à des convictions profondes qu'à une nécessité de se réinventer politiquement après l'hostilité reçue des partisans de Kamto.

L'intellectuel camerounais établit un parallèle frappant avec le cas sud-africain de Phakela Ndaba, figure instrumentalisée pour masquer l'hégémonie économique blanche sous couvert de dénonciation de l'immigration africaine. De même, avance-t-il, Elimbi Lobe servirait d'arme à une élite douala incapable de gérer sa propre diversité démographique (89 % d'allogènes) et canalisatrice de frustrations légitimes vers des cibles communautaristes.

Face à cette réalité, Njilo rappelle que le Cameroun s'est doté d'un cadre institutionnel précis : l'équilibre régional. Cet équilibre, inscrit dans les textes, garantit à chaque communauté une représentation. Or, ce débat sur la représentativité sert de paravent à des luttes de pouvoir personnel.

Ce qu’il faut retenir

  • L'analyste distingue tribalisme populaire et instrumentalisation élitiste : ce sont les décideurs qui exploitent les tensions.
  • Abel Elimbi Lobe aurait basculé d'une posture unitaire en 2018 à un discours anti-Bamiléké par opportunisme politique.
  • Le Cameroun dispose déjà de mécanismes (équilibre régional, élections locales) garantissant une inclusion communautaire formelle.
  • Les élites Douala instrumentalisent les griefs légitimes pour détourner l'attention de leur incapacité à gouverner.

Source : Actu Cameroun

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