Le Cameroun traverse une crise de civisme et de discipline collective qui paralyse ses villes. De Yaoundé à Douala, le désordre urbain, la corruption et le mépris des règles sont devenus la norme plutôt que l'exception. Face à ce constat, une question s'impose aux gouvernants : peut-on redresser le pays sans accepter de mécontenter une partie de l'opinion publique ?
Les manifestations d'incivisme quotidienne — feux ignorés, ordures jetées depuis les véhicules, files d'attente doublées, rendez-vous qui commencent trois heures après l'heure fixée — témoignent d'une société où l'intérêt personnel écrase systématiquement l'intérêt collectif. Pire encore : ces comportements ne sont plus cachés ni regrettés, ils sont revendiqués au nom d'une débrouillardise érigée en valeur nationale.
Face à ce tableau, une part croissante de citoyens réclame une main plus ferme. Plusieurs nations — Rwanda, Singapour, Corée du Sud — sont citées comme exemples de transformations accélérées par une discipline imposée d'en haut. Mais comment instaurer cette fermeté sans renforcer le sentiment d'injustice ?
Une voie médiane existe : celle d'une fermeté à la fois prévisible, universelle et exemplaire. Elle passe d'abord par des règles claires et non négociables, appliquées systématiquement à tous — du citoyen ordinaire au haut fonctionnaire. Elle exige aussi que l'État montre l'exemple dans son propre fonctionnement : administrations qui respectent leurs horaires, marchés publics réguliers, agents sanctionnés comme tout citoyen. Sans ces trois piliers, toute politique de discipline perd sa crédibilité.
Ce qu’il faut retenir
- Le désordre urbain et l'incivisme quotidienne sont devenus le mode fonctionnement normal des villes camerounaises.
- Une fermeté appliquée de manière prévisible, égale et exemplaire change les comportements plus qu'une répression sporadique.
- L'État doit d'abord démontrer lui-même la rigueur exigée des citoyens pour légitimer ses réformes impopulaires.
- Aucune rupture durable avec des décennies de laisser-aller ne pourra obtenir l'adhésion unanime d'emblée.
Source : News du Cameroun