Exilé en France, l'ancien président camerounais Ahmadou Ahidjo a confessé en 1984 sa plus grande erreur politique : avoir choisi Paul Biya comme héritier. Dans une interview explosive au journal Afrique-Asie datée du 5 mars 1984, il revient sur sa démission volontaire de 1982 et dénonce les accusations de complot qui l'ont condamné à mort par contumace quelques jours auparavant.
Ahidjo explique son choix initial : Biya, qui n'était pas originaire du Nord, chrétien et issu d'une petite ethnie du Centre-Sud, lui semblait incarner l'unité nationale. Mais il reconnaît s'être gravement trompé sur la personnalité et les ambitions réelles de son successeur. Le remaniement ministériel du 18 juin 1983, qui écarte plusieurs « barons » de l'ancien régime, marque le début de la rupture entre les deux hommes.
L'ex-chef d'État conteste fermement le procès qualifié de « mascarade » qui l'a condamné le 28 février 1984. Selon lui, le régime a délibérément fabriqué des accusations en torturant deux officiers pour obtenir des aveux. Il souligne l'absurdité de la procédure : condamné par contumace, jamais cité à comparaître, et son avocat commis d'office informé de sa désignation la veille du jugement.
Ahidjo portraiture son successeur comme un homme rongé par la peur de perdre le pouvoir et terrorisé par la perspective d'un assassinat politique. Le ton de son interview mêle amertume et resignation face au sort du Cameroun qu'il juge déshonoré.
Ce qu’il faut retenir
- Ahidjo avoue s'être trompé en désignant Biya, présenté comme garant de l'équilibre régional mais révélé ambitieux
- Il dénonce le procès de février 1984 comme une construction politique basée sur des aveux extorqués par torture
- La rupture débute après le remaniement de juin 1983 écartant les anciens ministres nord-camerounais du gouvernement
- L'ancien président qualifie son successeur de paranoïaque, dominé par la peur permanente de perdre le pouvoir
Source : Camer.be