Une réforme majeure redessine le rapport de force entre l'État central et les collectivités territoriales au Cameroun. Le décret conjoint signé le 15 mai 2026 par les ministères des Finances et de la Décentralisation confère aux municipalités des prérogatives d'audit et de suivi fiscal jusqu'ici réservées à Yaoundé.
Cette transformation institutionnelle met fin à des décennies d'asymétrie : les élus locaux dirigeaient leur territoire sans véritable visibilité sur les revenus collectés. Les nouvelles Unités de Suivi des Impôts Locaux (USIL) inversent cette logique. Elles deviennent des organes de contrôle investis de pouvoirs d'investigation financière. Les maires pourront désormais exiger des données fiscales auprès des services de l'État, participer à des audits conjoints et générer des rapports mensuels détaillant les écarts entre prévisions et collectes réelles.
Cependant, Yaoundé n'a pas renoncé à son contrôle. L'État demeure un arbitre : chaque délibération municipale créant une USIL reste soumise à l'approbation préalable du représentant gouvernemental. Cette réforme, qui abroge partiellement deux décrets datant de 2009 et 2021, s'inscrit dans la continuité de la loi de 2024 réformant la fiscalité locale. Elle pourrait rebattre les cartes du financement des infrastructures communales durant la décennie à venir.
Ce qu’il faut retenir
- Les communes peuvent créer des unités d'audit pour suivre les impôts collectés localement
- Les maires obtiendront rapports mensuels sur revenus fiscaux et anomalies détectées
- L'État conserve son droit de veto sur création des unités via représentants locaux
Source : Cameroon Tribune